Sous les yeux de sa maman, une petite fille et sa grand-mère sont écrasées par une voiture de la sécurité civile. Bouleversante séance au Tribunal de police, hier.
«Cet accident a démoli ma vie...» Z., une femme de 34 ans, a tout perdu
ce maudit 18 janvier 2005. Sous ses yeux, un véhicule de la sécurité
civile genevoise a écrasé sa maman et sa petite fille de 4 ans, Zoé.
«Mon divorce a suivi, j'ai aussi perdu ma profession, éducatrice de la
petite enfance, parce que je ne supporte plus de l'exercer. Et je suis
atteinte dans ma santé physique», a-t-elle confié au Tribunal de
police, hier, très digne.
Ce 18 janvier-là, en pleine panne générale d'électricité à Genève,
l'accusé, officier de piquet de la sécurité civile aujourd'hui âgé de
58 ans, est appelé à la centrale d'alarme des pompiers. Au volant de
son véhicule d'urgence, feux bleus et sirène enclenchés, il fonce en
direction de la caserne de la rue des Bains, suivi par son stagiaire
dans une voiture banalisée et elle aussi munie d'un feu bleu. Sur la
route de Chêne, il roule un temps à cheval entre les voies de tram et
la chaussée. Surpris par la présence de deux potelets devant lui, il
tente de remonter sur le terre-plein des trams, y parvient mais son
véhicule est déséquilibré, part en embardée et percute Zoé, sa maman et
sa grand-maman. Z. sera la seule à s'en sortir, à peu près
physiquement, mais pas moralement. Le drame est terrible. «Oui, ma
famille est anéantie, c'est le mot», confirme la survivante à son
avocat, Me Robert Assaël.
Un petit ange
«Encore aujourd'hui, je suis choqué, je n'ai
pas complètement récupéré», relève G., le frère de Z., lui aussi
constitué partie civile. Sa maman, «c'était la colonne vertébrale de
notre famille, dit-il. Et Zoé... Je suis moi-même marié, mais nous ne
pouvons pas avoir d'enfant. Alors voir Zoé, c'était un peu compliqué
pour moi. Mais pour ses 4 ans, qu'elle avait fêtés quelques mois
auparavant, nous avions choisi une carte tout exprès pour elle, avec un
ange...» L'évocation de ce petit ange disparu a déclenché quelques
larmes chez Z., et une grande émotion dans le tribunal.
La séance d'hier a d'ailleurs été empreinte d'émotion. A la barre
des témoins, la patrouilleuse scolaire qui a vu Zoé et sa mère quelques
secondes avant le drame. «La dame et l'enfant, je les connaissais très
bien. Je leur ai parlé juste avant. Si je leur avais parlé plus
longtemps... Maintenant, chaque fois que j'entends une sirène, je
revois la petite...», glisse-t-elle avant de fondre en larmes.
«Il faut que je hurle...»
Très fort aussi, le récit d'un
témoin de l'accident. Un homme qui, visiblement, n'a rien oublié: «Le
véhicule a sauté le trottoir et percuté trois personnes. J'ai vu une
dame projetée à l'arrière du véhicule, une deuxième personne et la
poussette plaquée contre le mur. Puis j'ai vu le pousse-pousse écrasé,
qui retombait comme une plaquette sur le trottoir, avec l'enfant
dedans...» Choquée aussi, une femme de 56 ans qui dira: «D'abord j'ai
pensé que le véhicule allait se redresser. Et je me suis dit: il faut
que je hurle pour avertir les trois personnes que je venais de croiser
sur le trottoir. Et puis j'ai entendu le choc...»
Ce choc résonne aussi dans la tête du prévenu qui, hier, a plusieurs
fois refusé d'admettre qu'il avait commis une erreur. L'officier de
sécurité civile est accusé d'homicide par négligence. Par deux fois, il
a répété: «Je me sens responsable envers toute la famille, je vous
demande pardon.» Cet homme, moniteur de conduite à la sécurité civile,
était engagé ce 18 janvier 2005 pour aider, secourir et sauver des
vies. C'est l'un des paradoxes, dramatiques, de ce procès qui se
poursuit aujourd'hui, avec les plaidoiries.
Source : Le Matin Online -
Xavier Lafargue